Roulez jeunesse !

Il n'y a pas d'âge pour rester jeune. A quarante-six ans, lassé des embouteillages de la ville et de son métier d'instructeur de moto-école, Roland est bien décidé à renouer avec son passé de pilote de rallyes. Objectif Paris Dakar. Son arme ? Une moto révolutionnaire à deux roues motrices conçue par René, un vieux mécano à la retraite. Alors qu'il file vers les Alpes pour mener les essais de la Tornade, son compère parisien Bertin ne tarde pas à être rattrapé par la colère qui se propage au sein de la communauté motarde. Dans la France de Sarkozy, répression et accélération ne font certes pas bon ménage, mais est-ce une raison pour aller tabasser des gendarmes et saccager des péages ?
Chargé de traquer la bande de motards qui sème la terreur dans le pays, Bertin entame une enquête d'autant plus délicate qu'elle l'amène à recroiser plusieurs fois la route de son meilleur ami. Le genre de coïncidence dont il se serait bien passé...

Roulez jeunesse ! est le second polar de motards de Mathieu Goguel, 33 ans. Après Danger Public ! qui se déroulait à Paris, l'auteur a choisi de plonger ses personnages au coeur de la saison moto. Des 24 heures du Mans aux Coupes Moto Légende, du Burns Day au Bol d'Or, une virée en pays motard qui se transforme peu à peu en un vrai roman noir.


Roulez jeunesse ! (mars 2004)
Terre de Brume Editions, collection Granit Noir
Format semi-poche ; 288 pages ; prix public : 10,5 euros
Photo de couverture : Laurent Douek

Chapitre 1/134

Dimanche 29 septembre 2002. Il est deux heures du matin. Dans une rue déserte de la banlieue toulonnaise, une 307 banalisée de la police est en planque. A l'intérieur, deux hommes somnolent en attendant l'hypothétique retour à son domicile d'un trafiquant de drogue, récemment mis en cause. L'heure de la relève est encore loin et les deux hommes commencent à trouver le temps long.
-Putain ! soupire le plus vieux, assis à la place du conducteur. Qu'est-ce qu'on se fait chier...
Rêveur, le jeune flic assis à côté de lui ne répond pas. Il continue de fixer la nuit en pensant à sa copine, restée seule dans son lit. Le silence de la voiture est brusquement troublé par un grésillement. La radio se met à crépiter...
-Alerte à toutes les voitures sur Toulon ouest... Ici central, je répète : alerte à toutes les voitures sur Toulon ouest.
-Nom de Dieu ! Jean, t'as entendu ? C'est pas notre zone ?
-Si, répond l'autre en tendant l'oreille vers le poste.
-Motard en fuite à grande vitesse sur l'A50 en direction de Marseille. Ordre est donné à toutes les voitures qui se situent sur la zone de se rendre au péage le plus proche en vue de son interception.
-Putain, je le crois pas ! s'écrie le conducteur en démarrant la voiture. Enfin quelqu'un pour sauver notre nuit !
-On est où, là ? demande son compagnon, visiblement peu au fait de la géographie locale.
-Pas loin d'Ollioules. A dix kilomètres de la sortie n°11.
-On y va ?
-Je veux, mon neveu, qu'on y va, répond celui qui semble être le supérieur, en s'éloignant sans bruit de la maison du suspect. C'est l'occasion de voir si la bagnole a bien digéré ma petite préparation, spécial " trafiquants ".
-Préparation ? a le temps de l'interroger son collègue, avant d'être plaqué sur son siège, le souffle coupé, par la brutale accélération que subit la voiture.
A peine arrivé au coin de la rue, le conducteur vient en effet d'effectuer un démarrage foudroyant, propulsant la 307 trafiquée de zéro à 130 km/h en moins d'un pâté de maisons. Après avoir brûlé trois feux, il débouche maintenant à pleine vitesse sur la N8 qu'il emprunte en direction du nord.
Le conducteur profite du court instant de répit que lui procure une ligne droite pour relancer son jeune collègue...
-Eh ben, vas-y. Qu'est-ce que t'attends ? Appelle le central et dis leur qu'on se rend sur place. On y sera approximativement dans... quatre minutes et trente secondes.
-Tout de suite, répond le passager, blême.
-Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? lui demande le plus âgé en se tournant vers lui. Tu as un problème ?
-Non, non. Regarde plutôt la route... Je ne tiens pas à finir dans un cercueil...
-T'inquiète, le rassure le conducteur, sûr de lui. Ici, c'est ma région. Je connais toutes les routes par cœur. T'étais pas encore né que je faisais déjà des chronos ici.

Chapitre 2/134

Sur l'A50, Stéphane savoure son plaisir. Première pointe à 200 km/h et il roule sur du velours. La moto répond parfaitement à ses attentes. Sous le casque, un sourire satisfait et un sentiment aussi nouveau que jouissif d'hyper puissance.
Deux ans qu'il attendait ce moment-là !
Deux années d'économies et de sacrifices viennent de prendre leur sens. Converties dans l'achat d'une Honda Hornet 600 de vingt mille bornes en excellent état. Une moto puissante et racée au look ravageur, moitié roadster, moitié sportive, à la fois musclée, compacte, nerveuse, agile et agressive...
Depuis qu'il l'a vue apparaître dans les concessions moto il y a quelques années, Stéphane ne rêve plus que d'elle. Oh, bien sûr, ce n'est pas la 900, sortie il y a un an, à la réputation si sulfureuse. C'est juste la 600, mais ça n'est déjà pas mal pour un garçon d'à peine vingt ans, qui se traînait jusqu'à aujourd'hui sur une vieille CB 500 de quatrième main.
Une bonne première moto, qui lui a permis de faire ses armes en toute sécurité, mais qui lui a vite paru limitée et banale. Il était temps de passer à la catégorie supérieure.
On est passionné ou on ne l'est pas...
Pour Stéphane, la Hornet 600 d'occasion représentait le meilleur compromis prix / design / puissance / caractère. De quoi impressionner les filles, aller aussi vite que les copains et faire quelques roues arrière sans se mettre dans le rouge.
Encore fallait-il trouver un vendeur...
Mais c'est chose faite depuis cet après-midi.
-Ca y est, jubile Stéphane sous son casque, elle est à moi !
Avec l'engin négocié à bon prix auprès d'un motard niçois, Stéphane vient d'entrer dans la cour des grands. Direct à 180 km/h, et sans forcer.

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