2007. La fin du cauchemar approche. Ouf ! Il était temps ! Déjà, il faut se choisir un nouveau mari. Ah, si seulement Marianne pouvait rester célibataire. Avoir la paix. S'ils pouvaient s'en trouver une autre, plus jeune, plus jolie, plus moderne. Quelle révolution ce serait ! Mais non, impossible, paraît-il. Trop de convoitises pèsent sur elle. Marianne est encore trop riche, trop attirante. Combien d'hommes, et maintenant de femmes, rêvent de s'afficher à son bras ? Plus que jamais malgré son âge mûr.

Ségolène ?

Se pacser avec une femme ? Au fond, pourquoi pas ? Ce serait un beau pied de nez adressé aux hommes qui l'ont malmenée au cours de sa vie. Sans parler du scandale que cela provoquerait dans certains milieux. Et puis, il faut reconnaître que cette Ségolène est plutôt jolie. Vieillir lui va même très bien. Mais de là à vouloir partager cinq années de sa vie avec elle, il y a un pas que Marianne n'a pas encore franchi. D'ailleurs, de quelle vie parle-t-on ? Cette union sera-t-elle charnelle ou seulement spirituelle ? Son désir n'est-il que d'avenir ? Derrière le sourire radieux de Ségolène, sous ses tenues seyantes semblent couver un feu intérieur et une froide détermination qui inquiètent Marianne. Quel personnage est-elle vraiment ? Femme mystique, épouse aimante, mère apaisante, nurse dévouée ou maîtresse autoritaire ? Tour à tour douce et dure, pétillante et rigide, bienveillante et sévère, comme si, de la multiplication des qualificatifs devait miraculeusement découler celle des idées. Surnaturelle ? Sans aucun doute. Mais peut-être aussi, touchée par la grâce, obéissant à quelque loi divine et désignée Mère Supérieure d'un couvent, chargée de recueillir une novice de 48 ans afin de la soulager de son fardeau terrestre. Une retraite hors du monde qui ne serait pas pour déplaire à la laïque Marianne si les illuminations de Ségolène ne laissaient parfois augurer d'une possible dérive intégriste.

François ? 

Au moins, avec François, Marianne sait à quoi s'en tenir. Elle le connaît un peu pour l'avoir fréquenté et poliment éconduit il y a cinq ans. Elle garde d'ailleurs de leurs rencontres un agréable souvenir. Lui aussi, sans doute, puisqu'il revient à la charge. Mais son discours est devenu plus grave, presque alarmiste. Il ne cesse de lui répéter qu'elle souffre d'un mal profond et qu'il faut l'opérer de toute urgence. Franchement, il y a des jours, où Marianne se passerait bien d'entendre un diagnostic aussi sinistre. Et d'autres, où ses douleurs se font tellement insistantes, qu'elle se demande si François n'a pas raison ? Mais entre cafard et hôpital, il faut choisir. Marianne aura-t-elle le courage d'affronter le lourd traitement médical que lui prescrit François de toutes ses forces ? A 48 ans, prendra-t-elle le risque de gaspiller cinq années de sa vie en convalescence alors qu'elle n'a peut-être rien de grave ?

Nicolas ? 

A écouter les déclarations enflammées que lui adresse quotidiennement Nicolas, Marianne n'a jamais été aussi belle et séduisante. Fait-il semblant de ne pas remarquer son physique déclinant ou l'amour l'aveugle-t-il à ce point qu'il ne cesse d'échafauder de nouveaux projets d'avenir avec elle et de lui affirmer qu'ensemble, tout leur est encore possible ? Marianne le sait brillant et ambitieux, flatteur et impatient aussi. Ceci explique-t-il cela ? Une chose est certaine : lorsque Nicolas se met à lui parler en la regardant droit dans les yeux, Marianne oublie tout le reste. Enivrée par ses paroles, elle retrouve un bien-être qu'elle n'avait plus connu depuis longtemps. Rassurée de se sentir prise en main par un homme qui sait ce qu'il veut. Bercée par l'agréable sensation d'avoir encore 20 ans et la vie devant elle. Fol espoir ou douce illusion ? Rattrape-t-on parfois le temps passé ? Retrouve-t-on jamais sa jeunesse ?

Jean-Marie ? 

S'il en est un avec qui Marianne se sent réellement jeune, c'est Jean-Marie. Il a l'âge d'être son père. Au début, l'homme l'effrayait, mais elle a fini par s'habituer à sa présence. Voilà plus de 30 ans qu'il lui tourne autour. Bien qu'elle l'ait déjà éconduit quatre fois, il persiste, le bougre, comme s'il sentait Marianne enfin prête à s'offrir à lui. Sûr que l'ancien para la dévorerait toute crue. Mais il est certains jours où cette pensée ne la dégoûte plus autant que par le passé. Lorsque, lassée par la médiocrité des hommes, elle n'éprouve plus que l'envie de leur dire « merde », lorsque, épuisée par la vie, elle est tentée d'y mettre un terme. En choisissant cette union indigne avec Jean-Marie, Marianne perdrait sans doute le peu d'amour propre qui lui reste, mais au moins serait-elle certaine de connaître une fin rapide et, mieux encore, de partir sans regrets, après un bouquet final en forme de « grande bouffe » à la table du diable.

Quel mari pour Marianne ?

Laquelle de ces quatre orientations de vie Marianne choisira-t-elle de suivre en mai prochain ?

  • Le couvent sous l'autorité de la Mère Supérieure Ségolène ?
  • Le long séjour à l'hôpital entre les mains du docteur François ?
  • Le rêve fou de retrouver sa jeunesse avec le sémillant Nicolas ?
  • Ou l'orgie finale dans les bras du sulfureux Jean-Marie ?

Jamais Marianne n'a autant hésité. Sans doute parce qu'elle est consciente qu'au vu de son âge et de sa santé, c'est certainement la dernière occasion qu'elle a de choisir, en toute indépendance et lucidité, l'orientation qu'elle veut donner à sa vie. Aujourd'hui, elle a encore la main sur son destin. Demain, il sera trop tard.