C'est la grande parade nuptiale. Jamais femme de 48 ans n'a été autant désirée. Mais si les prétendants se bousculent devant sa porte, seuls quatre d'entre eux peuvent encore légitimement espérer obtenir ses faveurs. Entre François (55 ans), Nicolas (52 ans), Jean-Marie (78 ans) et Ségolène (53 ans), le coeur de Marianne balance. Lequel de ces quatre partis choisira-t-elle d'épouser en mai prochain ? A défaut de pouvoir prédire l'avenir, tentons d'apporter quelques éléments de réponse à cette question en nous plongeant dans la vie et le passé amoureux de Marianne, dont les joies et désillusions fondent probablement les choix à venir.

De Gaulle : le père

1958. Naissance de Marianne dans une atmosphère de crise. Longtemps attendue, sa venue au monde redonne espoir à la famille entière qui voit en elle la promesse d'une unité retrouvée. Couvée par un père strict et autoritaire, qui a pour sa fille de grandes ambitions, Marianne se révèle être une élève douée et appliquée. Elle acquiert vite le sens du devoir et des responsabilités.

1965. L'âge de raison. Marianne ose pour la première fois remettre en cause l'autorité de son père. Meurtri, ce dernier pique une colère noire et la somme de choisir son camp. C'est « moi ou le chaos », la menace-t-il. Effrayée, Marianne cède et rentre provisoirement dans le rang. Trois ans plus tard, c'est la rupture. On est au printemps. Dans les rues de Paris souffle un vent de contestation. La jeune fille ne résiste pas à l'appel de la liberté et fugue, provoquant chez son père une brutale et douloureuse prise de conscience. Comprenant que son imposante présence constitue un obstacle au développement de sa fille, ce dernier entreprend aussitôt de prendre du recul afin de lui laisser le champ libre.

Pompidou : le tuteur

1969. Un an après ce traumatisme, le père de Marianne quitte brutalement Paris et confie sa fille aux bons soins d'un tuteur, chargé de l'héberger jusqu'à l'âge de sa majorité. Un « changement dans la continuité » qui doit permettre à la collégienne de poursuivre ses études tout en la tenant à l'écart de mauvaises fréquentations. Une période d'insouciance s'ouvre pour la jeune fille, fugitivement assombrie par la mort de son père. Elle fait son entrée dans le grand monde et côtoie le tout-Paris. Un papillonnage innocent qui lui permet de parfaire son apprentissage de la vie tout en prenant conscience de son pouvoir de séduction auprès des hommes. Car Marianne ne tarde pas à devenir une jeune femme, dont la beauté et la dot suscitent de nombreuses convoitises.

Giscard d'Estaing : le mariage de raison

1974. La mort brutale de son tuteur accélère le destin de Marianne, qui se voit contrainte de choisir un mari avant l'heure. A seulement 16 ans, elle prend conscience du poids de son héritage. Prise de court par les nombreux prétendants qui se pressent devant sa porte, Marianne fait l'amère découverte des rivalités et trahisons du monde adulte. L'esprit embrouillé par tant de sollicitations et de promesses, elle reste indécise jusqu'à la dernière minute. Trop jeune et inexpérimentée pour oser le choix d'une « nouvelle société » ou d'une profonde « transformation sociale », elle leur préfère le jeune premier qui lui semble incarner le mieux la continuité. Un mariage de raison qui ne lui apportera pas le grand frisson.

Mitterrand : la passion

1981. Marianne a 23 ans, c'est maintenant une jeune femme en prise avec son époque. D'autant plus ouverte aux changements que ses sept années de mariage se sont révélées ennuyeuses. Peu importe que le divorce soit mal vu en France, peu importe que l'homme qui la courtise se soit jadis opposé à son père, il dégage une telle « force tranquille », il fait souffler un tel vent de liberté que Marianne s'offre à lui, corps et âme. Avec lui, elle le sent, elle va vivre pleinement.

1988. Marianne a 30 ans. L'âge des remises en question. Plus belle et séduisante que jamais, elle pourrait, d'un mot, retirer sa confiance à l'homme qui partage sa vie depuis sept ans. Car tout n'a pas été rose avec lui, loin de là. Non content de se servir d'elle pour accomplir son dessein personnel, il l'a souvent trompée et humiliée. Mais, à l'heure du choix, Marianne se découvre dépendante de son amour et incapable d'en choisir un autre. Soumise et heureuse de l'être à cet homme raffiné, qui sait l'honorer à la mesure de son obéissance et la réprimander lorsqu'elle manque à ses devoirs. Dominée, mais convaincue d'être sublimement aimée par un être supérieurement intelligent devenu son maître pour l'éternité.

Chirac : le pis-aller

1995. Entre celui qui la vouvoie, auréolé de ses cheveux blancs, et lui propose timidement de partager sa couche et le grand gaillard énergique et vorace qui la reluque avec gourmandise depuis son plus jeune âge, Marianne a vite fait de trancher : ce sera le trousseur. Son maître ne l'a-t-il pas adoubé avant de tirer sa révérence ? Un passage à la casserole, dont Marianne n'attend aucun plaisir, mais espère qu'il la distraira. L'homme est réputé si fantasque et gaffeur que les occasions de rire ne devraient pas manquer.

2002. Le rire de Marianne vire au jaune lorsqu'elle se retrouve piégée, contrainte de proroger de cinq ans le bail de ce mari instable qui ne lui a jamais témoigné le moindre signe de respect. Pour être belle, une femme a besoin de se sentir aimée. A force de se laisser abuser par ce mari aux comportements de soudard et de sentir son regard méprisant se poser sur son corps, Marianne finit par perdre toute estime d'elle-même et détourne de son chemin ses prétendants les plus séduisants. Ne restent que les autres, plus nombreux que jamais, plus médiocres aussi. Leur parade vire logiquement à la foire d'empoigne et le seul qui aurait pu épargner à Marianne un choix impossible entre la peste et le choléra est balayé dans la mêlée. Cinq longues années de pénitence attendent cette dernière.

Qui sera le prochain ?

Eléments de réponse dans le billet suivant.