Le plus dur n'est pas de rouler. Non, le plus dur consiste à recommencer tous les jours. Quelle que soit la météo. Rouler du matin au soir dans le bruit et le chaos de la ville, deux à trois cent kilomètres quotidiens parcourus au milieu des axes surchargés, du trafic ralenti et des automobilistes à bout de nerf. Là où le danger est permanent, où l'accident peut survenir à chaque carrefour, où la mort peut s'inviter à toute seconde.
Coursier en moto depuis plus de vingt ans, Christian voit soudain sa vie basculer lorsqu'une femme poursuivie par des inconnus lui remet un pli mystérieux en pleine rue. Passe encore qu'elle ne lui ait pas réglé sa course, mais lorsqu'elle est retrouvée assassinée quelques heures plus tard et que lui-même se retrouve poursuivi par une bande de gros bras qui semblent prêts à tout pour récupérer son étrange colis, Christian doit se rendre à l'évidence, il va devoir choisir entre la course et la vie !
Délivre-moi du mal ! est le troisième polar de Mathieu Goguel, 35 ans. Après Danger public ! et Roulez jeunesse !, l'auteur achève sa trilogie motarde en nous plongeant dans l'univers des coursiers parisiens, véritables forçats du bitume et virtuoses du guidon. Gare à l'excès de vitesse !
Délivre-moi du mal ! (septembre 2005)
Terre de Brume Editions, collection Granit Noir
Format semi-poche ; 352 pages ; prix public : 12,0 euros
Photo de couverture : Aymeric Warmé-Janville
Chapitre 1/110
Boulogne. Pont de Sèvres. Il est 23h45.
Sur la file de gauche, Driss s'engage sur la Nationale 118.
Il rétrograde avant d'aborder la montée vers Meudon.
Fin des feux parisiens. Bonjour le grand large.
Entre ses cuisses, la Suzuki GSX-R 750 gronde de plaisir. Elle semble vouloir dévorer tout cru le ruban de bitume en double S qui se présente devant ses roues.
Mais Driss en décide autrement.
Bien que la voie rapide soit quasiment déserte, il choisit de rester en troisième.
Pas le moment de se faire remarquer.
Et le rapport est amplement suffisant pour enchaîner les virages de la montée à la vitesse réglementaire.
Il attend d'être sur la longue ligne droite de Vélizy pour passer la quatrième et monter à 150 km/h.
À cette allure, le plateau est avalé en quelques secondes.
Déjà s'annonce la vallée de la Bièvre.
Long virage à gauche, puis courbe à droite en léger dévers avant la remontée vers Vauhallan.
Malgré la technicité de la portion, Driss réfrène une nouvelle fois ses ardeurs, se contentant de rester droit sur sa machine, indifférent au vent glacé et à la température qui chute à chaque seconde l'éloignant de la chaudière parisienne.
Sous son casque, la tension est déjà extrême.
Rester calme.
Le moment de vérité est maintenant proche.
Tout va se jouer dans cette station-service isolée, juste après la sortie pour Saclay.
Justement, un panneau vient de l'annoncer.
Mille mètres.
Dernière section avant le point de rendez-vous.
Driss s'oblige encore à ralentir. Et souffle dans son casque pour essayer d'évacuer la pression.
Demain, si tout se passe bien, il sera loin.
Loin et riche.
Reste juste à finaliser le gros coup qui s'est offert à lui il y a trois jours, dans une petite villa de la banlieue ouest qui ne payait pourtant pas de mine.
Quand il a trouvé les photos et leurs négatifs, soigneusement dissimulés dans le double-fond du tiroir d'un vieux secrétaire, Driss n'en a pas cru ses yeux. Puis, le choc de la découverte passé, il a tout de suite compris le parti qu'il pouvait en tirer.
Et c'est ce soir qu'il tire les marrons du feu.
De quoi s'acheter une virginité et repartir de zéro.
De quoi partir refaire sa vie avec Safia dans un pays ensoleillé, où personne ne les jugera à la couleur de leur peau.
"Rio-de-Janeiro" a-t-il décidé un peu au hasard en achetant les deux billets d'avion.
Paraît que le Brésil est le paradis des motards. Que la moto y est une religion.
Décollage demain soir.
Il n'y a plus qu'à récupérer l'argent.
Et à se barrer en vitesse avant que les hommes réalisent qu'il les a doublés.
Sortie Saclay. Deux cents mètres.
Driss met son clignotant et se rabat sur la file de droite.
La station-service vient d'apparaître dans son champ de vision.
Un peu isolée au milieu d'un champ à cinquante mètres de la voie rapide, elle illumine la nuit de ses néons criards.
"Pourvu qu'il soit là !" ne peut s'empêcher de penser Driss en s'engageant sur sa voie d'accès.
Chapitre 2/110
- Vous avez les photos ?
Dissimulé derrière la visière de son casque intégral, Driss tente de ne pas paraître impressionné par son interlocuteur, qui a surgi de nulle part pour venir l'apostropher, un peu à l'écart des pompes à essence.
Cheveux gris coupés presque ras, visage émacié au milieu duquel pointe un nez long et fin, presque tranchant, regard vif et transperçant, l'homme dégage une formidable impression de puissance.
Sous son costume bien taillé et le long manteau en laine posé sur ses épaules carrées, on devine un corps musculeux qui ne demande qu'à se mettre en action.
Petit, mais sec, bourré d'énergie et certainement dur au mal.
"Triathlète" analyse aussitôt Driss, avant de lui renvoyer sa question :
- Et vous, vous avez l'argent ?




