Paris, octobre 2002. Artères bouchées, périph' saturé, circulation bloquée. Alors que la capitale agonise, motos et scooters sont à la parade, surmontant les bouchons par toutes les voies envisageables : entre les bagnoles, dans les caniveaux, à contre-sens ou sur les trottoirs. Quant aux piétons, barrez-vous de là ! Certains deux-roues abusent quand même de la situation. Des braqueurs kamikazes multiplient les hold-ups en centre-ville avant de se fondre plein gaz au milieu du trafic, pendant qu'un mystérieux motard assassine des hommes au volant de leur voiture. Mais que fait la police ?
Motards, membres de la brigade criminelle, Fred et Bertin ont enfin l'occasion de faire parler la poudre. On ne plaisante pas avec la sécurité des citoyens. Tandis que Fred titille la zone rouge de son roadster, Bertin retrouve ses sensations de pilote de vitesse au guidon de sa vieille Kawa H2. Acrrochez-vous au guidon, il va y avoir baston sur la route : les barjots n'ont qu'à bien se tenir.
Danger public ! (mars 2003) (livre épuisé)
Terre de Brume Editions, collection Granit Noir
Format semi-poche ; 264 pages ; prix public : 9,75 euros
Photo de couverture : Noëlle Labarraque
Chapitre 1/168
Jeudi 24 janvier 2002, 09.00.
-Putain, mais c'est pas possible... Quelle bande de veaux... Ville de merde... Faut vraiment être trop con pour habiter ici !
Trop con pour habiter Paris... Coincé depuis une demi-heure sur l'avenue de Clichy, Frédéric Leduc, 25 ans, commence à regretter sa récente mutation à Paris. Bouchon, boulot, dodo. Pas son truc... Gueule des parisiens au petit matin, air pollué de la capitale, méchanceté crasse suintant des bagnoles, doigts inamicaux pointés dans sa direction. Et en fait de grands espaces, des rues sombres, sinistres et embouteillées.
Rien à faire, ça n'avance pas... Fred a beau être ceinture noire de Karaté, il ne se maîtrise plus... Après avoir appris à canaliser son énergie vitale et dompter ses angoisses, il vient de trouver son maître. Les embouteillages parisiens ont le don de le foutre hors de lui... Il pleure de rage et d'impuissance en tambourinant son volant.
Aucune carrière ne peut se faire en France sans passer par Pais. La police n'échappe pas à la règle. Troisième de sa promotion de l'école des officiers de police, Fred, orphelin d'un père tué dans l'exercice de ses fonctions, a honoré la mémoire familiale en choisissant la capitale et l'un de ses services les plus prestigieux.
Direct dans le Saint des Saints. Sans passer par les commissariats miteux de quartier et les enquêtes de voisinage à la petite semaine, qui lui pendaient au nez. Bonjour les crimes mystérieux, les tueurs maniaques, les règlements de compte entre truands, la police scientifique et tout le bastringue moderne...
Sympa sur le papier, mais l'horreur au quotidien. Deux heures de transports minimum pour aller bosser, sans jamais arriver à se débarrasser de cette pesante sensation d'évoluer dans un système chaotique, qui vous broie le cerveau au fil des jours jusqu'à ce que vous deveniez aussi cons que les autres dans votre bagnole...
-Putain, mais impose-toi, Ducon, hurle Fred à l'attention de l'abruti devant lui, qui s'évertue à respecter la priorité à droite. J'vais encore être à la bourre.
Chapitre 2/168
09.15. Fred est arrêté dans la rue d'Amsterdam, le long de la gare Saint-Lazare, lorsqu'une flopée de scooters le double de chaque côté de sa voiture en le narguant avec leur klaxon. L'un d'entre eux heurte même violemment son rétroviseur avant de disparaître derrière un bus.
-Petit con, jure Fred en ouvrant sa fenêtre. Tu pourrais peut-être t'excuser !
Pas le temps d'en dire plus. Le feu vient de repasser au vert, libérant le flot des voitures impatientes. Trafic fluide inespéré ! Les rues suivantes, larges de trois voies, sont avalées d'une traite. Sentiment enivrant du bouchon qui se débloque enfin. Le conducteur passe la troisième. Miracle... Ca roule enfin... Ca avance... Ca coule... Ca déroule... Ca accél... Ca... Ca... Ca bloque à nouveau.
-Et meeeerrrrrde...
L'Opéra. Carrefour délicat. Mal aménagé. Lieu de toutes les bassesses automobiles. Aucun parisien digne de ce nom n'ayant assez de civisme pour arrêter sa voiture au feu orange afin de laisser le carrefour libre pour les autres, ça coince à nouveau... Obligé...
Les deux-roues prouvent une nouvelle fois leur supériorité en se faufilant entre les pare-chocs des voitures arrêtées. Leur morgue et leur indifférence aux souffrances des automobilistes commencent à énerver Fred, qui tente de se calmer en repensant aux leçons de son maître d'arts martiaux.
6ème leçon de Maître Pong : Respirer par le ventre...
Pas évident quand on est plié en deux dans une 106... toujours arrêtée.
Vert à nouveau. Fred franchit tant bien que mal le boulevard des Capucines et se retrouve en deuxième ligne au feu marquant le début de l'avenue de l'Opéra. Ca va, la fin du cauchemar est proche, le bureau plus très éloigné... Il jette cependant un regard inquiet devant lui pour guetter un blaireau potentiel qui viendrait ralentir le démarrage de sa file.
Son attention est attirée par une grosse BMW blanche, située juste devant lui. Interdit, il la suit du regard au démarrage. Qu'elle effectue en trombe vers la rue de la Paix. Encore un frimeur.




